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Les data spaces et l’IA agentique au service de la mobilité de demain !

La deuxième table ronde du 6ᵉ Data Summit annuel, organisé par EONA-X à Paris le 3 juin 2026, a exploré l'une des transformations les plus marquantes qui redéfinissent actuellement les secteurs de la mobilité et du tourisme : l'essor de l'IA agentique. Au-delà des outils conversationnels et des plateformes numériques, les échanges ont porté sur des systèmes d'intelligence artificielle capables d'agir de manière autonome, de réserver et reconfigurer des trajets, de coordonner différents services et d'orchestrer des expériences impliquant de multiples organisations. Animée par Emmanuelle Brodard, Senior Director chez Capgemini en charge des nouveaux modèles économiques numériques et de la conception de services, cette session a mis en lumière le rôle des espaces de données (Data Spaces) comme infrastructure de confiance permettant le développement de ce nouvel écosystème, tout en garantissant souveraineté, gouvernance et confiance des utilisateurs.

Découvrez les échanges des experts sur l'IA agentique et l'avenir de la mobilité.

Pour ouvrir la discussion, Zineb Essahli, Chief Strategy & Transformation Officer chez G7 Taxis, a présenté les profondes évolutions que l’IA agentique pourrait apporter aux services de mobilité locale. Elle a soulevé une question centrale : comment les opérateurs traditionnels peuvent-ils préserver leur valeur et la confiance de leurs clients lorsque des agents d’IA commencent à recommander et à orchestrer les services de transport pour leur compte ? Selon elle, le défi est autant économique et réglementaire que technologique. Elle a insisté sur la nécessité d’établir des règles communes garantissant une répartition équitable de la valeur, la loyauté des algorithmes ainsi que la souveraineté sur les prix et les services. Plutôt que de subir une désintermédiation, les acteurs de la mobilité doivent pouvoir rendre leurs services accessibles aux écosystèmes d’IA selon des conditions qui préservent la transparence, la création de valeur et une rémunération équitable. À ses yeux, un cadre européen favorisant des recommandations de confiance et une utilisation responsable des données sera indispensable pour éviter une dépendance aux grandes plateformes mondiales.

Dans un second temps, Nicolas Maynard, Senior Vice President Data Science & AI chez Accor, a expliqué comment l’IA agentique repousse les limites de l’expérience de voyage. Contrairement aux systèmes traditionnels, limités à des environnements de réservation isolés, elle permet de mieux comprendre l’ensemble du parcours du voyageur en connectant différents services au sein d’une expérience fluide et continue. Il a présenté les travaux menés par Accor autour de nouvelles expériences de voyage fondées sur des protocoles collaboratifs de partage de données et sur une personnalisation renforcée grâce aux programmes de fidélité. Il a toutefois souligné les enjeux économiques et stratégiques que cela implique : dans un marché numérique fortement concentré, toute création de valeur s’accompagne souvent d’une redistribution de la demande. Pour Accor, l’un des principaux défis consiste à préserver la visibilité de ses différentes marques tout en s’intégrant aux futurs écosystèmes d’IA agentique. Il a également insisté sur l’importance de la gouvernance, de l’alignement avec les réglementations européennes et du maintien d’une validation humaine dans les processus décisionnels.

Abordant ensuite les fondements technologiques de cette évolution, Étienne Grass, Global Chief AI Officer chez Capgemini Invent, a mis en évidence l’ampleur de la transformation en cours. Il a rappelé que les systèmes d’IA agentique nécessitent une puissance de calcul considérablement supérieure à celle des modèles conversationnels classiques. Selon lui, le véritable enjeu ne réside pas uniquement dans la création de systèmes intelligents, mais dans leur capacité à fonctionner sur des données fiables, interprétables et riches sur le plan sémantique. Il a souligné le rôle essentiel des espaces de données, de la gestion contextuelle des données et des graphes de connaissances (knowledge graphs), qui constituent les fondations d’écosystèmes d’IA fiables. Pour lui, l’avenir dépendra de notre capacité à gérer en continu le contexte des utilisateurs tout en garantissant confiance, transparence et conformité avec les principes européens.

Enfin, Yann Hervouët, CEO d’Instant System, a recentré les échanges sur les réalités opérationnelles de la mobilité. Il a décrit l’IA agentique comme une évolution majeure : passer d’une simple diffusion d’informations à des systèmes capables d’agir de manière autonome, en réservant des billets, en découvrant de nouveaux services, en gérant les perturbations ou encore en adaptant les trajets en temps réel. Dans des environnements complexes, tels que les réseaux multimodaux ou les territoires comptant des milliers de structures tarifaires, ces capacités pourraient considérablement améliorer l’expérience des voyageurs. Il a toutefois rappelé que le secteur des transports publics est soumis à de nombreuses contraintes réglementaires et opérationnelles, notamment en matière d’ouverture des données, d’interopérabilité et de respect des cadres législatifs encadrant la mobilité. Si l’IA agentique a le potentiel de transformer profondément la distribution des services de transport, elle devra impérativement s’appuyer sur une gouvernance solide et sur la confiance afin de garantir un accès équitable et un contrôle approprié des services publics de mobilité.

Les intervenants ont finalement convergé vers un même constat : l’IA agentique transformera profondément les secteurs de la mobilité et du voyage. Toutefois, son développement ne pourra se faire sans des espaces de données de confiance, des cadres de gouvernance clairs et un équilibre soigneusement maîtrisé entre autonomie des systèmes et supervision humaine.

L’avenir ne sera donc pas uniquement façonné par l’intelligence artificielle elle-même, mais également par les infrastructures qui détermineront son mode de fonctionnement, les actions qu’elle sera autorisée à accomplir et les bénéficiaires de la valeur qu’elle créera.