Les enseignements de notre panel d'experts
En ouvrant la discussion, Olivier Sichel, Directeur général de la Caisse des Dépôts, a souligné que la souveraineté technologique ne peut exister sans des produits compétitifs. Si les technologies open source ont un rôle essentiel à jouer, il a insisté sur le fait que l’Europe doit également se concentrer sur la performance, l’accessibilité économique et l’adoption à grande échelle. Il a mis en avant le rôle déterminant de la commande publique pour soutenir l’innovation européenne, rappelant que les décisions d’achat des gouvernements et des institutions publiques peuvent fortement influencer le succès des technologies développées en Europe. Pour Olivier Sichel, la confiance reste un enjeu central, en particulier lorsqu’il s’agit de données sensibles. Toutefois, la confiance ne suffit pas : les solutions européennes doivent également être capables de rivaliser avec les meilleures alternatives disponibles à l’échelle mondiale.
Dans la continuité de cette réflexion, Morgane Castanier, Directrice Clients et Digital chez SNCF Gares & Connexions, a décrit l’intelligence artificielle comme une nouvelle révolution industrielle qui oblige les organisations à repenser leurs modèles traditionnels de création de valeur. Elle a souligné que de nombreuses entreprises sont aujourd’hui confrontées au risque de désintermédiation, l’IA transformant en profondeur les relations avec les clients et les modèles économiques. Face à cette évolution, les organisations doivent être davantage disposées à partager leurs données au sein d’écosystèmes sécurisés, tout en mettant en place des règles communes et des cadres de gouvernance de confiance. Selon elle, la commande publique et des initiatives telles que les PIIEC constituent des leviers essentiels pour permettre aux entreprises technologiques européennes de changer d’échelle et d’accéder à des opportunités de marché récurrentes. Plus largement, elle estime que l’Europe doit apprendre à parler un langage commun, adopter des outils communs et construire des modèles fondés sur la confiance afin de favoriser une innovation collective.
Abordant ensuite les évolutions économiques du marché de l’IA, David Krieff, Directeur des Systèmes d’Information du Groupe ADP, a expliqué que l’IA agentique pourrait profondément transformer les modèles économiques fondés sur les plateformes qui dominent l’économie numérique depuis plusieurs décennies. À mesure que les agents d’IA interagissent directement avec les services au nom des utilisateurs, les avantages concurrentiels des plateformes traditionnelles pourraient s’atténuer, ouvrant la voie à de nouveaux acteurs. Il a remis en question l’idée selon laquelle l’Europe serait trop petite pour être compétitive, estimant au contraire que cette transition technologique redistribue les cartes. Selon lui, la priorité est désormais de garantir aux entreprises européennes de taille intermédiaire l’accès à des solutions puissantes et évolutives capables de rivaliser sur les marchés internationaux.
Du point de vue d’une entreprise native de l’IA, Igor Carron, Fondateur et Directeur général de LightOn, a mis en évidence la rapidité avec laquelle l’économie de l’intelligence artificielle évolue. Alors que les coûts de calcul continuent de diminuer, il estime qu’il existe encore un potentiel considérable de création de valeur grâce à la spécialisation et à l’innovation. Il a notamment cité l’exemple de LightOn, qui a développé des solutions permettant de connecter les grands modèles de langage aux documents d’entreprise, démontrant ainsi que les entreprises européennes peuvent concurrencer avec succès leurs homologues américaines et chinoises sur des domaines ciblés. Il a également insisté sur l’importance de l’open source comme levier pour attirer les talents et renforcer l’écosystème européen de l’ingénierie.
Enfin, Olivier Dellenbach, Fondateur et Président de ChapsVision, a dressé un constat lucide de la position numérique de l’Europe. Tout en reconnaissant que le continent a perdu la bataille du cloud, il a rappelé que l’Europe dispose toujours de talents de classe mondiale, de solides capacités d’ingénierie et d’importantes opportunités dans le domaine de l’intelligence artificielle. Il a souligné que les organisations européennes doivent avoir davantage confiance dans les fournisseurs de technologies européens et a averti que la fragmentation des pratiques de commande publique pénalise souvent les innovateurs locaux. Selon lui, les données pourraient bientôt devenir plus précieuses que les services logiciels traditionnels, les systèmes d’IA s’appuyant de plus en plus sur des sources de données fiables et propriétaires pour créer de la valeur. Dans ce contexte, les espaces de données pourraient devenir l’un des actifs stratégiques les plus importants de l’Europe.
En conclusion, les échanges ont mis en évidence une conviction commune : l’avenir de l’intelligence artificielle en Europe dépendra non seulement de l’innovation technologique, mais aussi d’investissements coordonnés, d’infrastructures de données de confiance, de politiques de commande publique favorables à l’innovation et de la capacité des organisations à collaborer à grande échelle.
Pour en savoir plus sur la manière dont EONA-X contribue à construire ces fondations grâce aux espaces de données de confiance et à la collaboration intersectorielle, rendez-vous sur le site d’EONA-X et participez aux discussions qui façonnent l’avenir numérique de l’Europe.